Analyse de la structure des crimes d’enlèvement

 

1. Description des variables

 

            Plusieurs variables ont été utilisées afin d’analyser la structure de la criminalité relative aux enlèvements et/ou séquestration. Parmi celles-ci, plusieurs ont été recodées pour les besoins de la cause. D’autres ont été simplement mises de côté puisqu’elles ne représentaient pas d’intérêt particulier à la présente étude.

 

Les incidents

           

Premièrement, regardons les variables relatives aux incidents eux-mêmes. Celles qui ont été pertinentes ici sont l’infraction la plus grave, la deuxième infraction la plus grave, le lieu du crime, le jour où s’est déroulé l’événement, l’arme utilisée ainsi que le classement de l’affaire. Le tableau suivant rend compte de ces variables :

           

 

Tableau 1 : Distribution des variables relatives aux incidents

 

 

 

Nombre

Pourcentage (%)

Valeurs manquantes

Infraction la plus grave :

 

 

 

enlèvement

154

23.5

 

séquestration

498

75.9

 

autres

4

0.6

 

Total

656

100.0

n = 0

Deuxième infraction :

 

 

 

infractions sexuelles

3

2.1

 

voies de fait

12

8.3

 

séquestration

9

6.3

 

vols/introduction par effraction

60

41.7

 

autres

60

41.7

 

                   Total

144

100.0

n = 512 (78%)

Lieu du crime :

 

 

 

inconnu

116

17.7

 

résidence

358

54.6

 

zone ouverte

58

8.8

 

établissement public

60

9.1

 

commerce

51

7.8

 

autres

13

2.0

 

Total

656

100.0

n = 0

Jour :

 

 

 

dimanche

66

10.2

 

lundi

107

16.6

 

mardi

87

13.5

 

mercredi

88

13.7

 

jeudi

96

14.9

 

vendredi

114

17.7

 

samedi

86

13.4

 

Total

644

100.0

n = 12 (1.8%)

Arme utilisée :

 

 

 

inconnue

64

9.8

 

arme à feu

134

20.4

 

autre arme

439

66.9

 

aucune arme

19

2.9

 

Total

656

100.0

n = 0

Classement de l’affaire :

 

 

 

non classée

222

33.8

 

classée par mise en accusation

361

55.0

 

classée sans mise en accusation

73

11.1

 

Total

656

100.0

n = 0

 

 

            Par ce tableau, on remarque que la grande majorité des infractions les plus graves lors d’un enlèvement sont la séquestration (75.9%) suivi par l’enlèvement lui-même (23.5%). Pour ce qui est de la deuxième infraction la plus grave, les introductions par infraction ainsi que les vols constituent la plus grande partie des incidents (41.7%). Quant au lieu où s’est produit l’événement, plus de la moitié des incidents se sont déroulés à l’intérieur d’une résidence privée (54.6%). Ceci nous indique donc que plusieurs enlèvements et/ou séquestrations se déroulent lors d’une infraction contre les biens dans une résidence privée, probablement lorsque le suspect tombe sur un occupant de la maison qu’il est en train de cambrioler.

 

            Quant au jour de la semaine où se déroulent les incidents, un grand nombre de ces derniers se retrouvent les lundis (16.6%) ainsi que les vendredis (17.7%). Les armes à feu sont utilisées dans plusieurs cas (20.4%), malgré le fait qu’on remarque la prédominance de la catégorie « autre arme » dans le tableau 1. Par contre, il faut savoir que cette catégorie regroupe un très grand nombre de types d’armes utilisées dans la commission d’enlèvements ou séquestration et que cette catégorisation a été conçue de façon à savoir si l’arme employée était une arme à feu ou un autre type d’arme. Finalement, on constate qu’un grand nombre d’incidents sont habituellement classés par mise en accusation, c’est-à-dire plus de la moitié (55%). On remarque cependant qu’un assez grand nombre d’affaires sont encore non classées (33.8%).

 

LES PERSONNES IMPLIQUÉES 

 

            Le tableau 2, quant à lui,  présente les variables qui donnent des renseignements en ce qui concerne les victimes ainsi que les suspects dans les affaires d’enlèvement et/ou séquestration. On y retrouve les variables âge, sexe, lien entre le suspect et la victime ainsi que la cohabitation entre le suspect et la victime.

 

 

Tableau 2 : Distribution des variables relatives aux victimes et aux suspects 

 

 

 

Nombre

Pourcentage (%)

Valeurs manquantes

Âge des victimes :

 

 

 

0 à 12 ans

89

13.9

 

13 à 17 ans

86

13.5

 

18 ans et plus

463

72.6

 

Total

638

100.0

n = 18 (2.7%)

Âge des suspects :

 

 

 

0 à 12 ans

1

0.2

 

13 à 17 ans

31

7.4

 

18 ans et plus

385

92.3

 

Total

417

100.0

n = 239 (36.4%)

Sexe des victimes :

 

 

 

Homme

272

42.6

 

Femme

366

57.4

 

Total

638

100.0

n = 18 (2.7%)

Sexe des suspects :

 

 

 

Homme

373

89.4

 

Femme

44

10.6

 

Total

417

100.0

n = 239 (36.4%)

Lien entre le suspect et la victime :

 

 

 

inconnu

47

7.4

 

conjoint

114

17.9

 

parent

38

6.0

 

enfant

3

0.5

 

autre membre de la famille

17

2.7

 

connaissance

134

21.0

 

étranger

285

44.7

 

Total

638

100.0

n = 18 (2.7%)

Cohabitation entre le suspect et la victime :

 

 

 

inconnu

21

3.2

 

oui

108

17.0

 

non

508

79.8

 

Total

637

100.0

n = 19 (2.9%)

 

                       

 

Il est évident, par ce tableau, que les individus de sexe masculin sont davantage présents que les femmes au sein du groupe des suspects, représentant près de 90% des individus suspectés d’être les auteurs d’enlèvements. Cependant, ce sont les femmes qui se retrouvent en plus grand nombre pour ce qui est des victimes, puisqu’elles sont les victimes d’enlèvement dans plus de la moitié des cas (57.4%). Pour ce qui est de la relation qui existe entre les suspects et leurs victimes, il semble, selon le tableau 2, que la plupart du temps les incidents surviennent entre gens qui se connaissent (21%) ou pas du tout (44.7%).  Par contre, on remarque également un fort taux d’enlèvement ou séquestration entre conjoint (17.9%). Malgré ce qu’on pourrait penser, peu d’enlèvements sont le fait de parents qui kidnappent leur enfant (6%). Parallèlement, comme la plupart des victimes ne connaissent pas leur agresseur, il n’est pas étonnant de constater que dans 79.8% des cas la victime ne cohabitait pas avec le suspect. Ceci vient dont renforcer la thèse énoncée plus haut selon laquelle les enlèvements et/ou séquestrations seraient le fait de cambrioleurs tombant sur les résidants de la demeure dans laquelle ils se sont introduits.

 

En ce qui concerne l’âge des suspects et des victimes, on constate que la majorité des individus sont âgés de plus de 18 ans. Par contre, ce recodage de la variable « âge » n’est cependant pas statistiquement correct. Nous avons procédé de la sorte afin de bien cerner les différentes classes d’âges touchées par la définition légale de l’enlèvement. Pour avoir une vue d’ensemble plus juste concernant l’âge des suspects et des victimes, regardons plutôt les figures 1 et 2. 

 

Figure 1 : Histogramme de la distribution de l’âge des victimes d’enlèvements

 et de séquestration

 

 

Figure 2 : Histogramme de la distribution de l’âge des suspects dans les cas d’enlèvements

 et de séquestration

 

Il est donc possible de constater, avec la figure 1, que la moyenne d’âge des individus victimes d’enlèvement ou de séquestration est d’environ 27 ans. Quant à la figure 2, on remarque que la moyenne d’âge des suspects dans les cas d’enlèvements et/ou de séquestration est d’environ 31 ans. Donc, les suspects seraient un peu plus âgés que leurs victimes pour ce qui est de ce type de crimes.

 

2. Analyse 

 

Test du chi carré

 

Pour voir la relation qui peut exister entre certaines variables, des tests du chi carré ont été effectués. Nous avons divisé notre analyse en cinq grandes parties, c’est-à-dire  que nous analyserons des relations entre certaines variables et le sexe des suspects et des victimes, le lien suspect-victime, la cohabitation entre les deux individus, l’arme utilisée, l’infraction la plus grave et la deuxième infraction la plus grave.

 

Le sexe

 

            Premièrement, voici les tests effectués afin de savoir si la variable sexe est en relation avec d’autres variables relatives au cas d’enlèvements et/ou de séquestrations:         

 

Tableau 3 : Les relations entre la variable sexe du suspect et d’autres variables contrôles

 

 

 

 

Sexe de la victime

 

Total

Sexe du suspect

Masculin

Féminin

 Masculin

138 (37.1%)

234 (69.9%)

372

 Féminin

21 (48.8%)

22 (51.2%)

43

Total

159

256

415

Sig = 0.134 (n.s.)

Phi = 0.074

Sexe du suspect

Cohabitation entre le suspect et la victime

Total

Oui

Non

Masculin

82 (23%)

275 (72%)

357

Féminin

12 (27.9%)

31 (72.1%)

43

Total

94

306

400

Sig = 0.471 (n.s.)

Phi = 0.036

Sexe du suspect

Lieu du crime

Total

inconnu

résidence

zone ouverte

établissement public

commerce

autres

Masculin

45 (12.1%)

247

(66.2%)

24

(6.4%)

24

(6.4%)

26

(7%)

7

(1.9%)

373

Féminin

7

(15.9%)

29

(65.9%)

 

6

(13.6%)

2

(4.5%)

 

44

Total

52

276

24

30

28

7

417

Sig = 0.199 (n.s.)

Phi = 0.132

Sexe du suspect

Jour du crime

Total

 

dimanche

lundi

mardi

mercredi

jeudi

vendredi

samedi

 

Masculin

37

(10.2%)

63

(17.4%)

45

(12.4%)

52

(14.3%)

52

(14.3%)

65

(17.9%)

49

(13.5%)

363

Féminin

6

(14.3%)

7

(16.7%)

5

(11.9%)

5

(11.9%)

7

(16.7%)

4

(9.5%)

8

(19%)

42

Total

43

70

50

57

59

69

57

405

Sig = 0.772 (n.s.)

Phi= 0.090

Sexe du suspect

Classement de l’affaire

Total

Mise en accusation

sans mise en accusation

Masculin

320 (85.8%)

53 (14.2%)

373

Féminin

32 (72.7%)

12 (27.3%)

44

Total

352

65

417

Sig= 0.024

Phi= 0.111

Sexe du suspect

Lien entre le suspect et la victime

Total

inconnu

conjoint

parent

enfant

membre de la famille

connaissance

étranger

Masculin

21

(5.6%)

104

(28%)

23

(6.2%)

3

(0.8%)

8

(2.2%)

97

(26.1%)

116

(31.2%)

372

Féminin

 

2

(4.7%)

10

(23.3%)

 

6

(14%)

14

(32.6%)

11

(25.6%)

43

Total

21

106

33

3

14

111

127

415

Sig = 0.000

Phi= 0.318

Sexe du suspect

Infraction la plus grave

Total

enlèvement

séquestration

autres

Masculin

61 (16.4%)

309 (82.8%)

3 (0.8%)

373

Féminin

22 (50%)

21 (47.7%)

1 (2.3%)

44

Total

83

330

4

417

Sig= 0.000

Phi= 0.266

Sexe du suspect

Arme utilisée

Total

inconnue

arme à feu

autre arme

aucune arme

Masculin

26 (7%)

60 (16.1%)

278 (74.5%)

9 (2.4%)

373

Féminin

7 (15.9%)

3 (6.8%)

27 (61.4%)

7 (15.9%)

44

Total

33

63

305

16

417

Sig= 0.000

Phi= 0.249

 

           

À la lumière de ce tableau, on remarque que la variable qu’est le sexe du suspect entretient une relation statistiquement significative (p<0.05) avec les variables « classement de l’affaire » (p=0.024), « lien entre le suspect et la victime » (p=0.000), « infraction la plus grave » (p=0.000) ainsi que « arme utilisée » (p=0.000).

 

 Pour ce qui est de la relation entre le sexe du suspect et le classement de l’affaire, on peut voir que pour les suspects de sexe masculin, dans 85.8% des cas, l’affaire est classée par mise en accusation alors que pour les suspects de sexe féminin ce pourcentage est un peu plus faible (72.7%). Cette relation est par contre plutôt faible avec un phi de 0.111.

 

Quant au lien entre le suspect et la victime et sa relation avec le sexe de l’accusé, il ressort qu’un part importante des suspects de sexe masculin sont étrangers à leur victime (31,2%). On remarque également une bonne proportion des suspects masculins ayant un lien conjugal (28%) et de connaissance (26.1%) avec leur victime. Pour ce qui est des femmes, elles enlèvent ou séquestrent principalement des connaissances (32,6%), des étrangers (25.6%) ainsi que leurs enfants (23.3%). Cette relation s’avère être plutôt modérée avec un phi de 0.318.

 

La relation entre le sexe du suspect et l’infraction jugée comme étant la plus grave lors de l’incident est également significative. À cet effet, le tableau nous montre que dans 82.8% des cas où l’enlèvement et/ou la séquestration est commis par un homme, l’infraction la plus grave se trouve à être la séquestration. Quant aux femmes, on constate une proportion assez partagée entre l’enlèvement (50%) et la séquestration (47.7%) pour ce qui est de l’infraction la plus grave lorsqu’elles sont les suspects dans les cas d’enlèvement et/ou séquestration. Cette fois également la relation enregistre une force plutôt modérée (phi = 0.266).

 

Finalement, dans la relation entre le sexe du suspect et l’arme utilisée lors des enlèvements et/ou séquestration, autant chez les hommes (74.5%) que chez les femmes (61.4%), l’arme utilisée est une arme autre que les armes à feu. Encore une fois, la relation entre le sexe du suspect et l’arme utilisée est relativement modérée, obtenant un phi de 0.249.

 

Le tableau suivant fait part des relations qui peuvent exister entre le sexe de la victime et les mêmes variables que celles utilisées dans le tableau précédent.

 

Tableau 4 : Les relations entre la variable sexe de la victime et d’autres variables

 

Sexe de la victime

Cohabitation entre le suspect et la victime

Total

Oui

Non

Masculin

30 (11.5%)

230 (88.5%)

260

Féminin

78 (21.9%)

278 (78.1%)

356

Total

108

508

616

Sig = 0.001

Phi = 0.135

Sexe de la victime

Lieu du crime

Total

inconnu

résidence

zone ouverte

établissement public

commerce

autres

Masculin

57

(21%)

119

(43.8%)

15

(5.5%)

37

(13.6%)

35

(12.9%)

9

(3.3%)

272

Féminin

58

(15.8%)

232

(63.4%)

37

10.1%)

20

(5.5)

15

(4.1%)

4

(1.1)

366

Total

115

351

52

57

50

13

638

Sig = 0.000

Phi = 0.274

Sexe de la victime

Jour du crime

Total

 

dimanche

lundi

mardi

mercredi

jeudi

vendredi

samedi

Masculin

27

(10.1%)

53

(19.8%)

38

(14.2%)

35

(13.1%)

39

(14.6%)

46

(17.2%)

30

(11.2%)

268

Féminin

37

(10.3%)

51

(14.2%)

46

(12.8%)

52

(14.5%)

55

(15.4%)

64

(17.9%)

53

(14.8%)

358

Total

64

104

84

87

94

110

83

626

Sig = 0.558 (n.s.)

Phi= 0.088

Sexe de la victime

Classement de l’affaire

Total

non classée

mise en accusation

sans mise en accusation

Masculin

107 (39.3%)

131 (48.2%)

34 (12.5%)

272

Féminin

108 (29.5%)

224 (61.2%)

34 (9.3%)

366

Total

215

355

68

638

Sig= 0.005

Phi= 0.130

Sexe de la victime

Lien entre le suspect et la victime

Total

inconnu

conjoint

parent

enfant

membre de la famille

connaissance

étranger

Masculin

24

(8.8%)

2

(0.7%)

19

(7%)

1

(0.4%)

11

(4%)

59

(21.7%)

156

(57.4%)

272

Féminin

23

(6.3%)

112

(30.6%)

19

(5.2%)

2

(0.5%)

6

(1.6%)

75

(20.5%)

129

(35.2%)

366

Total

47

114

38

3

17

134

285

638

Sig = 0.000

Phi= 0.397

Sexe de la victime

Infraction la plus grave

Total

enlèvement

séquestration

autres

Masculin

68 (25%)

203 (74.6%)

1 (0.4%)

272

Féminin

80 (21.9%)

283 (77.3%)

3 (0.8%)

366

Total

148

486

4

638

Sig= 0.517 (n.s.)

Phi= 0.046

Sexe de la victime

Arme utilisée

Total

inconnue

arme à feu

autre arme

aucune arme

Masculin

34 (12.5%)

78 (28.7%)

149 (54.8%)

11 (4%)

272

Féminin

28 (7.7%)

53 (14.5%)

277 (75.7%)

8 (2.2%)

366

Total

62

131

426

19

638

Sig= 0.000

Phi= 0.221

 

Dans le tableau démontrant les relations entre le sexe des victimes ainsi que les mêmes variables mises en cause dans les relations analysées pour le sexe des suspects, on remarque que ce ne sont pas tout à fait les mêmes relations qui sont significatives. En effet, ici, les relations significatives sont celles entre le sexe des victimes et la cohabitation entre le suspect et la victime (p=0.001), le lieu du crime (0.000), le classement de l’affaire (p=0.005), le lien entre le suspect et la victime (p=0.000) ainsi que l’arme utilisée (p=0.000).

 

Pour ce qui est de la relation entre le sexe des victimes et le fait que le suspect et la victime habitent ou non ensemble, la situation est semblable à celle de la relation avec le sexe du suspect. En effet, lorsque les victimes sont de sexe masculin, elles ne cohabitent pas avec leur kidnappeur dans 88.5% alors que pour les victimes de sexe féminin cette proportion est de 78.1%. Par contre, cette relation est relativement faible avec un phi de 0.135.

 

Dans le cas où le sexe des victimes serait en relation avec le lieu du crime, autant chez les victimes de sexe masculin (43.8%) que féminin (63.4%), le crime se déroule à l’intérieur d’une résidence. Cette relation s’avère être relativement modérée avec un phi égal à 0.274. Quant au classement de l’affaire, lorsqu’il s’agit de victimes de sexe masculin, on constate que les enlèvements sont principalement classés par mise en accusation (48.2%). Par contre, un dénote aussi un fort taux de crime non résolus (39.3%). Chez les victimes de sexe féminin, plus de la moitié des affaires sont classées par mise en accusation (61.2%). Dans ce cas-ci, la relation serait plutôt faible puisque le phi n’est que de 0.130.

 

En ce qui a trait à la relation entre le sexe de la victime et le lien qui existe entre cette dernière et son présumé agresseur, on remarque que les victimes de sexe masculin sont majoritairement enlevés ou séquestrés par des étrangers (57.4%) alors que pour les femmes victimisées cela se partage entre les étrangers (35.2%) et leur conjoint (30.6%). La force de cette relation se situe à un niveau relativement élevé avec un phi de 0.397. Finalement, pour ce qui est de l’arme utilisée et de sa relation avec le sexe de la victime, on remarque encore une fois que, autant chez les hommes (54.8%) que chez les femmes (75.7%), une arme autre que les armes à feu a été utilisée pour leur enlèvement ou leur séquestration. On peut aussi constater que les hommes (28.7%) utilisent les armes à feu dans une proportion plus élevée que les femmes (14.5%). Cette relation est plutôt modérée, obtenant un phi= 0.221.

 

Le lien entre le suspect et la victime

 

            Analysons maintenant les relations qui peuvent exister entre le lien qui unit les suspects avec leurs victimes et différentes variables. Les tableaux suivants nous montrent les résultats obtenus.

 

Tableau 5 : Relation entre le lien entre le suspect et la victime et le lieu du crime

 

 

Lieu du crime

Lien entre le suspect et la victime

inconnu

résidence

zone ouverte

établissement public

commerce

autres

Total

inconnu

6 (12.8%)

23

(48.9%)

6

(12.8%)

4

(8.5%)

5

(10.6%)

3

(6.4%)

47

conjoint

5

(4.4%)

101

(88.6%)

4

(3.5%)

2

(1.8%)

1

(0.9%)

1

(0.9%)

114

parent

1

(2.6%)

34

(89.5%)

 

3

(7.9%)

 

 

38

enfant

 

3

(100%)

 

 

 

 

3

autre membre de la famille

1

(5.9%)

14

(82.4%)

1

(5.9%)

1

(5.9%)

 

 

17

connaissance

16

(11.6%)

89

(66.4%)

9

(6.7%)

14

(10.4%)

4

(3%)

2

(1.5%)

134

étranger

86

(30.2%)

87

(30.5%)

32

(11.2%)

33

(11.6%)

40

(14%)

7

(2.5%)

285

Total

115

351

52

57

50

13

638

Sig=0.000

Phi=0.520

           

            Comme nous le démontre ce tableau, la relation entre le lien qui existe entre le suspect et la victime et le lieu où se déroule l’événement est significative (p<0.05). Lorsque le lien entre la victime et son agresseur est inconnu, la majorité des crimes se produisent à l’intérieur d’une résidence (48.9%). Il en est de même lorsque l’agresseur est le conjoint (88.6%), un parent (89.5%), un enfant (100%), un autre membre de la famille (82.4%) ainsi qu’une connaissance (66.4%). Par contre, lorsque le suspect est étranger à sa victime, le taux est sensiblement le même quand le lieu est inconnu (30.2%) ou lorsque le crime se produit à l’intérieur d’une résidence (30.5%). Il est important de mentionner que cette relation est plutôt forte, comme en témoigne le phi de 0.520. Il est clair que les enlèvements entre membres d’une même famille sont plus à risques de se dérouler à l’intérieur d’une résidence. De plus, le fait qu’un bon nombre d’infractions commises par un étranger se produisent également dans la résidence de la victime vient renfoncer notre thèse de l’enlèvement qui survient lors d’un cambriolage.

 

            Regardons maintenant s’il existe une relation significative entre le lien entre le suspect et la victime et l’arme utilisée pour commettre le crime.

 

Tableau 6 : Relation entre le lien entre le suspect et la victime et l’arme utilisée

 

 

Arme utilisée

Lien entre le suspect et la victime

inconnue

arme à feu

autre arme

aucune arme

Total

inconnu

 

18 (38.3%)

28 (59.6%)

1 (2.1%)

47

conjoint

1 (0.9%)

4 (3.5%)

106 (93%)

3 (2.6%)

114

parent

12 (31.6%)

 

19 (50%)

7 (18.4%)

38

enfant

 

1 (33.3%)

2 (66.7%)

 

3

autre membre de la famille

7 (41.2%)

 

8 (47.1%)

2 (11.8%)

17

connaissance

6 (4.5%)

11 (8.2%)

114 (85.1%)

3 (2.2%)

134

étranger

36 (12.6%)

97 (34%)

149 (52.3%)

3(1.1%)

285

Total

62

131

426

19

638

Sig=0.000

Phi=0.554

           

            Cette fois encore, la relation qui existe entre le lien suspect-victime et l’arme utilisée s’avère être significative puisque p = 0.000. Dans pratiquement tous les cas, la majorité des crimes sont commis à l’aide d’une arme autre que l’arme à feu. Par contre, on remarque que dans le cas où la relation entre le suspect et sa victime est inconnue, une proportion assez importante des crimes sont commis à l’aide d’une arme à feu (38.3%). Lorsque c’est un parent qui enlève ou séquestre sont enfant, dans près du tiers des cas (31.6%), l’arme demeure inconnue. La situation est sensiblement la même lorsque l’agresseur est un autre membre de la famille alors que dans 41.2% des cas l’arme utilisée est également inconnue des policiers. Finalement, on remarque aussi que lorsque des étrangers enlèvent ou séquestrent une victime, ils utilisent fréquemment les armes à feu (34%). Cette relation est également relativement forte (phi = 0.554).

 

            Le tableau suivant donne un aperçu de la relation qui existe entre le lien suspect-victime et l’infraction la plus grave.

 

Tableau 7 : Relation entre le lien entre le suspect et la victime et l’infraction la plus grave

 

 

Infraction la plus grave

Lien entre le suspect et la victime

enlèvement

séquestration

autres

Total

inconnu

11 (23.4%)

35 (74.5%)

1 (2.1%)

47

conjoint

10 (8.8%)

104 (91.2%)

 

114

parent

25 (65.8%)

13 (34.2%)

 

38

enfant

 

3 (100%)

 

3

autre membre de la famille

12 (70.6%)

5 (29.4%)

 

17

connaissance

26 (19.4%)

107 (79.9%)

1 (0.7%)

134

étranger

64 (22.5%)

219 (76.8%)

2 (0.7%)

285

Total

148

486

4

638

Sig=0.000

Phi=0.350

 

 

            Voici une autre relation qui implique le lien entre le suspect et la victime et l’infraction la plus grave qui s’avère être significative (p= 0.000). Lorsque le lien entre l’agresseur et sa victime est inconnu (74.5%) ou est de nature conjugale (91.2%), l’infraction jugée la plus grave lors de l’incident est la séquestration. Dans les cas où c’est un parent qui commet ce crime envers son enfant, c’est plutôt l’enlèvement qui est considéré comme étant le plus grave (65.8%). Les enfants qui sont les agresseurs de leurs parents commettent tous l’infraction la plus grave qu’est la séquestration (100%), mais il est difficile de tenir compte de cette situation puisque seulement trois cas sont rapportés chez les enfants. Pour les autres membres de la famille, tout comme le cas des parents, c’est l’infraction d’enlèvement qui est principalement reconnue comme étant la plus grave (70.6%), alors que lorsque le suspect est une connaissance (79.9%) ou un étranger (76.8%), l’infraction la plus grave est plutôt la séquestration. Cette relation-ci est relativement modérée avec un phi égal à 0.350.

 

            Jetons un coup d’œil maintenant sur le tableau 8 qui nous montre la relation entre le lien suspect-victime et le classement de l’affaire.

 

Tableau 8 : Relation entre le lien entre le suspect et la victime et le classement de l’affaire

 

 

Classement de l’affaire

Lien entre le suspect et la victime

non classée

mise en accusation

sans mise en accusation

Total

inconnu

26 (55.3%)

20 (42.6%)

1 (2.1%)

47

conjoint

7 (6.1%)

96 (84.2%)

11 (9.6%)

114

parent

5 (13.2%)

23 (60.5%)

10 (26.3%)

38

enfant

 

 

3 (100%)

3

autre membre de la famille

2 (11.8%)

9 (52.9%)

6 (35.3%)

17

connaissance

21 (15.7%)

95 (70.9%)

18 (13.4%)

134

étranger

154 (54%)

112 (39.3%)

19 (6.7%)

285

Total

215

355

68

638

Sig=0.000

Phi=0.527

 

 

            Plus de la moitié des affaires où le lien entre le suspect et la victime n’est pas connu ne sont pas classées (55.3%) alors que l’autre moitié (42.6%) a été classée avec mise en accusation. Cette situation ressemble étrangement à celle où le suspect est un étranger alors que 54% des affaires ne sont toujours pas classées et que 39.3% sont classées avec mise en accusation. Lorsqu’un conjoint enlève ou séquestre l’autre conjoint, la quasi-totalité des affaires se règlent avec une mise en accusation (84.2%) alors que ce pourcentage descend à 60.5% lorsque c’est un parent. Chez les enfants, tous les crimes se classent sans mise en accusation (100%). Quand le suspect s’avère être un autre membre de la famille, plus de la moitié des crimes sont classés par mise en accusation (52.9%) alors que lorsque le suspect est une connaissance, ce taux s’élève à 70.9%. Par contre, on remarque tout de même une bonne proportion des affaires qui se classent sans mise en accusation (35.3%) lorsque le suspect est un autre membre de la famille. Cette relation est également plutôt forte, obtenant un phi de 0.527. Il peut être compréhensible que plusieurs cas d’enlèvements par un membre de la famille soient classés sans mise en accusation, en raison du lien familial qui unit l’agresseur et sa victime. Par contre, il est plutôt étonnant de constater que plusieurs infractions commises par un étranger soient également solutionnées sans mise en accusation.

 

            Un test du chi carré a également été effectué pour la relation entre le lien suspect-victime et le jour de l’événement. Par contre, comme cette relation nous est apparue comme étant non significative (p=0.138) nous avons jugé non pertinent d’en produire le tableau.

 

La cohabitation entre le suspect et la victime

 

         Voyons maintenant s’il existe une relation significative entre le fait que le suspect et la victime habitent sous le même toit et le lieu du crime, le classement de l’affaire et l’arme utilisée.

 

Tableau 9 : Relation entre la cohabitation suspect-victime et le lieu du crime,

 le classement de l’affaire et l’arme utilisée

 

 

Lieu du crime

Cohabitation entre le suspect et la victime :

inconnu

résidence

zone ouverte

établissement public

commerce

autres

Total

oui

2

(1.9%)

87

(80.6%)

6

(5.6%)

6

(5.6%)

4

(3.7%)

3

(2.8%)

108

non

110 (21.7%)

250

(49.2%)

44

(8.7%)

50

(9.8%)

45

(8.9%)

9

(1.8%)

508

Total

112

337

50

56

49

12

616

Sig=0.000

Phi=0.260

 

Classement de l’affaire

Cohabitation entre le suspect et la victime :

non classée

mise en accusation

sans mise en accusation

Total

oui

14 (13%)

81 (75%)

13 (12%)

108

non

194 (38.2%)

261 (51.4%)

53 (10.4%)

508

Total

208

342

66

616

Sig=0.000

Phi=0.205

 

Arme utilisée

Cohabitation entre le suspect et la victime :

inconnue

arme à feu

autre arme

aucune arme

Total

oui

9 (8.3%)

5 (4.6%)

89 (82.4%)

5 (4.6%)

108

non

48 (9.4%)

124 (24.4%)

322 (63.4%)

14 (2.8%)

508

Total

57

129

411

19

616

Sig=0.000

Phi=0.192

           

On voit donc que ces trois relations sont significatives (p<0.05).  Premièrement, lorsqu’on regarde si les personnes en cause dans l’affaire cohabitent et le lieu où s’est déroulé l’incident, quand les deux individus habitent sous le même toit, la majorité des crimes se produisent dans une résidence (80.6%). Par contre, il en est de même lorsque le suspect et la victime ne cohabitent pas (49.2%). Cette relation est relativement modérée, avec un phi de 0.260.

 

            Pour ce qui est de la relation entre la cohabitation suspect-victime et le classement de l’affaire, le trois-quarts des cas où les deux personnes cohabitaient, l’affaire s’est soldée par une mise en accusation (75%), alors que lorsqu’il n’y avait pas de cohabitation, ce taux descend à 51.4%. On assiste par contre à une relation plutôt faible car phi=0.205.

 

            Pour la relation entre la cohabitation et l’arme employée lors du crime, dans les deux cas une arme autre que l’arme à feu a été utilisée en majorité (82.4% et 63.4%). Par contre, on remarque un taux assez élevé d’utilisation d’armes à feu lorsqu’il n’y a pas de cohabitation entre le suspect et la victime (24.4%).  Cette fois encore, cette relation est plutôt faible avec un phi de 0.192.

 

            Des tests avaient été effectués afin de savoir s’il existait une relation significative entre la cohabitation et l’infraction la plus grave (p=0.698) et le jour du crime (p=0.562), mais comme ces deux relations se sont avérées non significatives, le tableau ne sera pas présenté.

 

L’arme utilisée

 

            Le tableau suivant présentera les relations entre l’arme utilisée pour la commission du crime et le lieu où s’est déroulé l’événement, le classement de l’affaire ainsi que l’infraction la plus grave. Par contre, comme rien de vraiment intéressant et pertinent ne se dégage d’un tableau présentant les nombre et les pourcentages, seul un bref tableau montrant la signification et la force des relations sera présenté. Suivront tout de même les faits importants à retenir.

 

Tableau 10 : Relation entre l’arme utilisée et le lieu, le classement de l’affaire et l’infraction la plus grave

 

Relation entre l’arme utilisée et le lieu du crime

Sig = 0.000

Phi= 0.320

Relation entre l’arme utilisée et le classement de l’affaire

Sig = 0.000

Phi = 0.291

Relation entre l’arme utilisée et l’infraction la plus grave

Sig = 0.000

Phi = 0.366

 

           

            Ce qui est important de noter en ce qui a trait à la relation entre l’arme et le lieu, c’est que peu importe le type d’arme, le crime se déroule toujours en majorité dans une résidence. Cette relation est plutôt modérée avec un phi de 0.320. Pour ce qui est de la relation entre l’arme et le classement, dans les cas où l’arme est inconnue ou est une arme à feu, la majorité des affaires ne sont pas classées, alors que lorsqu’il s’agit d’une autre arme ou d’aucune arme, les affaires sont davantage classées par mise en accusation. Cette relation s’est avérée relativement modérée (phi=0.291). Ensuite, en ce qui a trait à la relation entre l’arme et l’infraction la plus grave, il est important de retenir que lorsque l’arme est inconnue ou qu’il n’y a pas d’arme, l’infraction la plus grave est l’enlèvement alors que dans les deux autres cas (arme à feu et autre arme), c’est la séquestration qui constitue l’infraction jugée comme étant la plus grave. Cette relation est modérée vu son phi de 0.366.

 

 

Infraction la plus grave et deuxième infraction

 

         La façon de procéder pour cette partie sera la même que pour la précédente puisque, bien que les relations soient significatives, rien ne ressort de particulier ou de différent des relations déjà étudiées.

 

Tableau 11 : Relation entre l’infraction la plus grave et le lieu, le classement de l’affaire,

et la deuxième infraction et relation entre la deuxième infraction et le classement de l’affaire

 

Relation entre l’infraction la plus grave et le lieu où s’est déroulé le crime

Sig= 0.001

Phi=0.214

Relation entre l’infraction la plus grave et le classement de l’affaire

Sig=0.000

Phi=0.193

Relation entre l’infraction la plus grave et la deuxième infraction la plus grave

Sig=0.000

Phi=0.687

Relation entre la deuxième infraction la plus grave et le classement de l’affaire

Sig= 0.016

Phi= 0.361

 

 

            Évidemment, toutes ces relations sont significatives avec un p<0.05. Pour la première relation, celle entre l’infraction la plus grave et le lieu du crime, il faut simplement savoir que pour les trois types d’infractions (enlèvement, séquestration et autres) le lieu où se déroulent la majorité des crimes est, bien entendu, une résidence. Cette relation est par contre plutôt faible avec un phi de 0.214. Pour ce qui est de la relation entre l’infraction la plus grave et le classement de l’affaire, dans le cas où l’infraction est l’enlèvement, près de la moitié (42.2%) des affaires ne sont toujours pas classées alors que dans les cas de séquestration et d’autres infractions, la majorité ou la totalité des incidents ont été classés avec mise en accusation. Cette relation peut être également considérée comme étant plutôt faible (phi=0.193).

 

            En ce qui a trait à la relation entre l’infraction la plus grave et la deuxième infraction considérée comme étant la plus grave, il est à noter que pour toutes les deuxièmes infractions (voir tableau 1), l’infraction qui était considérée la plus grave est celle de séquestration. Cette relation significative est plutôt forte avec son phi de 0.687. Finalement, lorsqu’on étudie la relation entre la deuxième infraction et le classement de l’affaire, dans tous les cas, encore une fois, le classement qui se retrouve le plus souvent est celui de la mise en accusation. Cette relation reste toutefois modérée avec un phi de 0.361.

 

 

Tests de moyenne

 

            Il est maintenant question de l’analyse de la relation entre l’âge du suspect et les autres variables, notamment avec le sexe. Pour ce faire, le test de moyenne a été utilisé. Le tableau suivant  montre les résultats du test de moyenne entre âge et le sexe du suspect.

 

Tableau 12 : Âge moyen des suspects selon leur sexe

 

Sexe des suspects

Âge moyen des suspects

masculin

30.9 ans

féminin

31.2 ans

Sig = 0.837 (n.s)

Eta = 0.010

 

 

 

On remarque donc que la moyenne d’âge des suspects de sexe masculin (30.90 ans) est légèrement inférieure à la moyenne d’âge des suspects de sexe féminin (31.23 ans). Par contre, cette relation n’est pas significative (p>0.05).

 

D’autres tests de moyenne ont été effectués entre l’âge des suspects et chacune des autres variables. Cependant, aucun des tests ne s’est avéré être significatif, de là la pertinence de ne pas en produire les tableaux. Le tableau suivant, quant à lui, donne les résultats du test de moyenne entre l’âge des victimes et leur sexe. Dans ce cas-ci, les autres relations étant significatives, excepté celle entre l’âge des victimes et le jour du crime, les tableaux seront exposés.

 

Tableau 13 : Âge moyen des victimes selon leur sexe

 

Sexe des victimes

Âge moyen des victimes

masculin

27.5 ans

féminin

26.6 ans

Sig = 0.448 (n.s.)

Eta = 0.030

 

 

 

Cette fois-ci, le contraire se produit alors que la moyenne d’âge des victimes de sexe masculin (27.53 ans) est légèrement plus élevée que celles des victimes féminines (26.58 ans). Cependant, cette relation est également non significative (p=0.448). On peut par contre affirmer que les victimes sont en général plus jeunes que les suspects, autant chez les femmes que chez les hommes.

 

 

Tableau 14 : Âge moyen des victimes selon chacune des variables contrôles

 

 

Âge moyen des victimes

Infraction la plus grave

 

enlèvement

17.1

séquestration

30.1

autres

18.8

Sig = 0.000

Eta = 0.354

deuxième infraction la plus grave

 

infractions sexuelles

14.0

voies de fait

18.1

séquestration

17.7

introduction par effraction/vol

30.3

autres

26.6

Sig =0.008

Eta = 0.309

Lieu du crime

 

inconnu

27.3

résidence

26.7

zone ouverte

20.1

établissement public

27.1

commerce

31.4

autres

43.5

Sig = 0.000

Eta = 0.214

Arme utilisée

 

inconnue

16.1

arme à feu

33.1

autres armes

27.23

aucune arme

14.9

Sig = 0.000

Eta =0.314

Classement de l’affaire

 

non classée

28.9

mise en accusation

26.9

sans mise en accusation

21.5

Sig = 0.003

Eta = 0.136

 

Lien entre le suspect et la victime

 

inconnu

29.0

conjoint

28.5

parent

6.01

enfant

45.7

autre membre de la famille

10.9

connaissance

28.9

étranger

28.7

Sig = 0.000

Eta = 0.394

 

Cohabitation suspect-victime

 

oui

24.0

non

27.6

Sig = 0.029

Eta = 0.088

 

 

 

Premièrement, quant à la relation entre l’âge de la victime et l’infraction la plus grave qui a été commise, on remarque que lorsque cette dernière est l’enlèvement, l’âge moyen des victimes (17.1 ans) est presque la moitié de l’âge moyen des victimes de séquestration (30.1 ans). Cette relation est significative (p=0.000) et plutôt modérée (eta=0.354). Lorsqu’il est question de la deuxième infraction la plus grave, on est à même de constater que pour les infractions sexuelles (14 ans), pour les voies de fait (18.1 ans) ainsi que pour la séquestration (17.7 ans), les moyennes d’âges des victimes sont sensiblement plus faibles que pour les vols (30.3 ans) ou les autres infractions (26.6 ans). Voilà encore un élément qui vient confirmer la thèse des introductions par effraction et des cambrioleurs séquestrant les occupants de la maison. En effet, comme la plupart du temps les gens qui habitent un logement ou une maison sont des adultes, il est alors normal que la moyenne d’âge des victimes d’enlèvement ou de séquestration lors d’un vol dans une résidence soit aussi élevée. Cette relation est également significative (p=0.008) et modérée (eta=0.039).

 

Pour ce qui est du lien entre l’âge de la victime et le lieu du crime, lorsque ce dernier est une zone ouverte, la moyenne d’âge des victimes n’est que de 20.1 ans. Lorsque le lieu est plutôt un autre lieu, la moyenne d’âge des victime est beaucoup plus élevée (43.5 ans). Pour les autres types de lieux, la moyenne d’âge se situe environ entre 26 ans et 31 ans. Cette relation est significative avec un p de 0.000 ; par contre, elle est plutôt faible (eta= 0.214).

 

En ce qui concerne l’arme utilisée, lorsque l’arme est inconnue (16.1 ans) ou qu’il n’y a pas d’usage d’arme (14.9 ans), on constate que les victimes sont assez jeunes comparativement aux victimes dont le suspect s’est servi d’une arme à feu (33.1 ans) ou d’une autre arme (27.2 ans). Ceci est probablement dû au fait que de jeunes victimes étant moins susceptibles de montrer de l’opposition ou de résister à leur agresseur, ces derniers n’éprouvent pas le besoin de recourir à l’usage d’une arme. Une autre option est envisageable : un parent qui enlève son enfant n’a pas besoin d’utiliser une arme contre une victime qui a confiance en celui qui deviendra par la suite son kidnappeur. Mais cela ne reste que des suppositions … Cette relation est également significative (p=0.000) et s’avère être relativement modérée (eta=0.314).

 

Quant au classement de l’affaire, l’âge moyen des victimes lorsque le crime est classé sans mise en accusation (21.5 ans) est légèrement plus bas que dans les cas où l’affaire n’est pas encore classée (28.9 ans) ou est classée par mise en accusation (26.9 ans). Il s’agit encore une fois d’une relation significative (p<0.05). Par contre, il se trouve que la relation est plutôt faible avec un coefficient eta de 0.136.

 

En ce qui regarde à la relation entre l’âge des victimes et le lien qui existe entre ces dernières et leurs agresseurs, il n’est pas étonnant de voir que les enfants enlevés par un de leurs parents est très basse (6.1 ans) et, qu’à l’inverse, l’âge moyen des parents séquestrés par un de leurs enfants soit aussi élevée (45.7 ans). À part le cas où le suspect est un autre membre de la famille (10.9 ans), les moyennes d’âges des victimes, par rapport aux autres liens possibles entre ces dernières et les suspects, tournent toutes autour d’environ 29 ans. Cette relation est significative (p=0.000) et relativement élevée (eta=0.394). Finalement, pour la relation entre la cohabitation suspect-victime, l’âge moyen des victimes qui habitent avec leur agresseur (24 ans) est un peu plus faible que celle des victimes qui ne logent pas sous le même toit que le suspect (27.6 ans). Cette relation est également significative (p<0.05)  mais est cependant plutôt faible (eta=0.088).

 

 

Corrélation

 

         Une corrélation entre l’âge des victimes et l’âge des suspects  (figure 3) démontre bien que les suspects ont tendance à enlever ou séquestrer des individus sensiblement du même âge qu’eux.

 

Figure 3 : Diagramme de dispersion entre l’âge de la victime et l’âge du suspect

 

 

            La figure 3 présente un diagramme de dispersion dont la relation est linéaire positive forte, donc plus l’âge de la victime augmente, plus l’âge du suspect augmente. On dénote toutefois la présence de certains cas extrêmes montrant que l’hypothèse énoncée n’est pas véridique dans tous les cas puisque certains jeunes gens auraient enlevé ou séquestré des personnes plus âgées qu’eux ou des enfants en bas âge ou encore que certains personnes plus âgées auraient kidnappé ou séquestré des plus jeunes. Le tableau 14, en ce qui le concerne, permet d’en savoir plus long sur la force et la signification de la relation entre l’âge du suspect et celui de sa victime.

 

Tableau 14 : Corrélation entre l’âge du suspect et l’âge de la victime

 

 

 

Âge de la victime

Âge du suspect

Âge de la victime

1,000

n = 638

0.216**

n = 415

sig = 0.000

Âge du suspect

0.216**

n = 415

sig = 0.000

1,000

n = 417

** la corrélation est significative avec p<0.01

           

En jetant un coup d’œil sur ce tableau, on remarque que la relation est significative (p < 0.01) et relativement modérée (r = 0.216), ce qui revient à dire qu’en général les enlèvements ou les séquestrations surviennent entre des personnes du même âge, donc lorsque l’âge de la victime augmente, celle du suspect augmente également. Avec la régression on obtient ensuite un B=0.317.  Ce qui revient donc à dire qu’avec une augmentation de 1 an chez le suspect, l’âge de la victime augmente environ de 4 mois, ce qui vient d’ailleurs confirmer que les victimes sont un peu plus jeunes que leurs agresseurs. On peut affirmer que ces résultats corroborent les faits mentionnés précédemment, lors de la revue de littérature, à savoir que les personnes un peu plus âgées ont davantage de chances de se faire enlever que les jeunes enfants, puisque ces derniers requièrent beaucoup plus de soins et d’attention qu’une personne mature et autonome.

 

 

3. Synthèse

 

            En bref, voici ce qui ressort principalement de l’analyse de la structure des enlèvements et/ou séquestrations. Pour ce qui est du sexe, on constate que les femmes sont davantage victimisées que les hommes alors que ces derniers se retrouvent en plus grande proportion parmi les suspects. Les femmes suspectées d’enlèvement s’en prennent généralement à des connaissances, en utilisant une arme autre que les armes à feu et l’infraction la plus grave est celle de l’enlèvement lui-même. Pour ce qui est des hommes, ils s’attaquent principalement à des étrangers envers lesquels l’infraction la plus grave qui est commise est la séquestration. Les hommes utilisent davantage les armes à feu que les femmes lorsqu’ils commettent un enlèvement et/ou séquestration.

 

            En ce qui a trait aux victimes, pour les deux sexes le suspect et la victime ne cohabitent pas et le crime est majoritairement commis à l’intérieur d’une résidence privée. Les hommes sont davantage victimisés par des étrangers ainsi que les femmes. Par contre, on note un fort taux de femmes qui sont enlevées ou séquestrées par leur conjoint.

 

            Si on jette un coup d’œil sur les analyses faites à partir de la variable « âge », on constate que chez les suspects, les hommes sont légèrement plus âgés que les femmes, alors que la situation s’inverse chez les victimes. Ces dernières sont un peu plus jeunes en moyenne que leurs agresseurs. Par contre, on constate aussi que les suspects ont tendance à enlever ou séquestrer des individus relativement du même âge qu’eux. Donc, ceci revient à dire que lorsque l’âge de la victime augmente, celle du suspect augmente également.

 

            Quant aux incidents plus particulièrement, ils sont commis en majorité dans une résidence, souvent pendant un vol ou une introduction par effraction. Ils sont le fait en plus grande partie d’étrangers, qui d’ailleurs sont ceux qui utilisent le plus les armes à feu contre leurs victimes. L’infraction la plus grave retenue contre les suspects est la séquestration et les crimes sont principalement classés par mise en accusation.

 

            L’hypothèse principale qui ressort de ces analyses est que les enlèvements et/ou séquestration seraient principalement commis par des étrangers, lors de la commission d’une autre infraction, soit un vol ou une introduction par effraction. Tombant subitement sur le résident de la maison cible, ils l’enlèvent ou la séquestrent afin de faire taire le témoin gênant.

 

            Par contre, il importe de mentionner que les données dont nous disposions ne nous permettaient pas de différencier les cinq catégories d’enlèvement, ce qui a limité notre analyse du phénomène. En effet, si nous avions eu recours à des données nous permettant de distinguer les variables en cause dans chacun des types d’enlèvement, notre analyse en aurait été particulièrement enrichie et pertinente, puisque nous aurions pu analyser les éléments qui jouent pour certains types de crimes, mais qui ne s’appliquent pas nécessairement à tous les types d’enlèvement.